SP#63 – Le Coeur des Louves, de Stéphane Servant

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Célia et sa mère, une écrivaine à succès en panne d’écriture, reviennent vivre dans la maison de la grand-mère, morte depuis des années, au cœur d’un village perdu dans les montagnes. Leur retour vient réveiller de vieilles histoires enfouies qui auraient du tomber dans l’oubli…

Ouf ! Quelle lecture ! Je dois dire que je ne m’attendais pas à ça et que je ressors de ce roman complètement K.O.

J’avais pourtant vu la vidéo « Coup de Cœur » de Margaud sur ce roman avant de le lire… mais je ne pensais pas tomber sur un tel morceau. C’est vraiment cette expression qui me vient en tête pour en parler mais je vais quand même essayer de préciser ma pensée.

D’une quatrième de couverture qui laissait deviner une « simple » histoire de famille cernée de mentalités étroites dans un village de montagne… on découvre un roman dense et foisonnant, un univers sombre, dur et en même temps fascinant, à la limite du fantastique voir du mystique. On découvre les « squelettes dans le placard » de cette famille féminine étrange – entre la grand-mère sorcière, la mère un peu folle et la fille en marge du monde – et ces secrets n’en finissent pas de peser sur nous tout au long du roman, de plus en plus. Ces révélations qui arrivent dans le désordre et viennent peu à peu composer un puzzle bien plus complexe qu’on n’aurait pu le deviner. Un terrible puzzle, une suite d’événements, une suite de choix, parfois infimes…qui, malheureusement, aboutissent à de dramatiques conséquences.

Et pourtant, malgré cette noirceur, cette angoisse, cette peine, cette douleur qu’on ressent par compassion avec nos héroïnes, la beauté demeure. « Le calme et la beauté sont les seuls mystères ». Il y a la montagne, la Nature, ce cœur qui bat dans la roche, dans le bruit de l’eau, dans le chant des oiseaux, dans le cri nocturne du loup… Et il y a cette conquête de liberté, la persévérance de ces femmes qui tracent leur route comme elles le peuvent, qui refusent de se soumettre aux lois ancestrales et masculines, ces femmes à la volonté sauvage, au cœur de louves.

Moi qui pensais lire un livre jeunesse, laissez-moi vous dire que je l’ai trouvé drôlement hard pour être qualifié de tel. Personnellement, les trahisons, la violence (psychologique, physique, sexuelle), la méchanceté gratuite, les préjugés, la folie, la mort… sont autant de thèmes abordés par ce roman qui m’ont comprimé la poitrine. Et pourtant l’histoire reste belle et porteuse de vrais messages sur la liberté de tout un chacun, sur l’indépendance des femmes, sur l’importance de la nature qui nous dépasse tous…et bien entendu sur l’importance de toujours faire les bons choix, ou au moins de toujours essayer.

Je ne sais pas vraiment si j’ai réussi à m’exprimer clairement sur ce roman qui m’a bien chamboulée : entre la noirceur et le poids terrible des secrets révélés qui viennent s’accumuler et d’autre part la force des héroïnes qui luttent pour se défaire de ce filet de malheur, avec en arrière-plan la Nature à l’état brut… je ressors de cette lecture complètement éparpillée. L’écriture de l’auteur n’y est pas pour rien non plus et j’admire la façon dont il a tourné son histoire et mis des mots sur l’indicible parfois, mis des mots sur la laideur du monde comme sur sa beauté, des mots sur cette ambivalence toute contradictoire et pourtant bien réelle. Comment un monde parfois si cruel peut malgré tout contenir une beauté si pure…? Tout est là. Tout est dit par Stéphane Servant et résumé par Michel Abescat dans sa chronique pour Télérama (ICI) : Inutile de vouloir ordonner le chaos du monde, juste écouter la nature et y trouver sa place. Ne pas chercher à tout comprendre.

« Le calme et la beauté sont les seuls mystères »

frise

Score: 6/23

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L’Invention des Ailes, de Sue Monk Kidd

La très belle photo de Carnet Parisien

La très belle photo de Carnet Parisien

Caroline du Sud, 1803. Fille d’une riche famille de Charleston, Sarah Grimké sait dès le plus jeune âge qu’elle veut faire de grandes choses dans sa vie. Lorsque pour ses onze ans sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre les horribles pratiques de telles servilité et inégalité, convictions qu’elle va nourrir tout au long de sa vie. Mais les limites imposées aux femmes écrasent ses ambitions.
Une belle amitié nait entre les deux fillettes, Sarah et Handful, qui aspirent toutes deux à s’échapper de l’enceinte étouffante de la maison Grimké. À travers les années, à travers de nombreux obstacles, elles deviennent des jeunes femmes avides de liberté et d’indépendance, qui se battent pour affirmer leur droit de vivre et se faire une place dans le monde.

Étrangement je me rends compte qu’il peut être difficile de chroniquer un livre qu’on a beaucoup aimé. En l’occurrence je parle de ma dernière lecture estivale : L’Invention des Ailes, de Sue Monk Kidd. Reçu il y a plus d’un an (voire peut-être deux !) en gain concours, je voulais le lire depuis longtemps. En fait depuis la chronique élogieuse de The Pretty Books. Je ne sais pas pourquoi j’ai tant attendu pour le lire… Car je l’ai lu facilement, rapidement et avec beaucoup de plaisir !

Là où je vais avoir du mal à en parler c’est que j’ai tout aimé et que je n’ai rien à redire sur ce roman. La narration à deux voix est efficace (même si classique), les personnages sont attachants, chacun à leur façon – je parle surtout de Sarah, Nina et Handful bien sûr ! – le contexte historique est très dur mais extrêmement intéressant, et le combat de ces femmes, libres penseuses ou esclave est raconté avec beaucoup de justesse et d’émotions. J’ai tout aimé de ce livre et j’étais triste à la dernière page de devoir dire au revoir à ces femmes fortes et rebelles. Evidemment, je n’ai pas pu ne pas penser à La Couleur des Sentiments pendant ma lecture… Livre qui aborde le même thème et les mêmes problématiques. Cela dit, le récit est différent par plusieurs aspects. D’une part quand La Couleur des Sentiments semble assez fictif (même dans un cadre historique réel), le récit de Sue Monk Kidd est parsemé de références réelles : les sœurs Grimké ont bel et bien existé, de même que certains des personnages secondaires qui ont joué un vrai rôle dans l’abolition de l’esclavage et de même que les événements historiques vécus par les personnages. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la note de l’auteur en fin de livre qui nous parle justement de ces éléments véridiques autour desquels elle a brodé. J’ai d’ailleurs trouvé intéressant pendant ma lecture de pouvoir me renseigner sur internet sur ce que je lisais. Par exemple, je n’ai pas résisté à faire une petite recherche Google sur les Quakers, dont je ne connaissais que la tête emblématique qu’on voit sur certains paquets de céréales… xD

Bref, vous aurez peut-être compris que je brode moi-même autour du thème « ce-livre-est-génial,rien-à-redire ». Retenez donc seulement que cette histoire est belle, émouvante et très facile à lire. L’aspect historique est également très intéressant du fait qu’on suit l’Histoire aux côtés de femmes fortes et attachantes. Un très beau roman que j’aurais du lire plus tôt !

frise

Score: 5/23

summerPAL

Juillet 2016 – Bilan lectures (et autres…)

Je crois qu’il faut que je me fasse à l’idée que je ne serai jamais un(e) de ces grand(e)s lectrices/lecteurs qui lisent au moins 10 livres par mois (voire carrément plus!). Comme vous le savez mes bilans oscillent toujours entre 4 et 6 livres dans le mois. Ce mois-ci on est dans ma moyenne basse… Mais il faut dire aussi que j’ai été très occupée par LE déménagement que chéri et moi préparions depuis pas moins de 5 mois. 

Donc ça y est, nous vivons enfin dans notre nouveau chez-nous. Une montagne de choses restent encore à faire mais nous avons le lit, le canapé ET (surtout!) la bibliothèque DONC nous pouvons survivre! LA bibliothèque est effectivement vitale. Montée le jour même du déménagement elle était remplie dès le lendemain. Huhu. J’en suis hyper fière et très amoureuse. (oui oui je parle toujours de mes bibli).

HIIIIIII <3

HIIIIIII❤

D’ailleurs merci en passant à tous les Twittos qui m’ont donné leur avis sur les bibliothèques Billy de Ikea. Faciles à monter et faciles à aménager en fonction des besoins (la joie de pouvoir acheter des étagères supplémentaires!!), j’en suis ravie. Mais trève de blabla, passons dans le vif du sujet: mes lectures de juillet. Malgré toutes mes autres occupations, j’ai eu le temps de lire en juillet 4 romans.

Juillet 2016 Collage

L’Infini + 1 s’est révélé une lecture agréable et sans prise de tête mais pas franchement transcendante. La Trêve que j’ai lu en service de presse a été une petite déception, malgré une idée de base franchement intéressante… D’autre part, je suis très heureuse d’avoir enfin lu Expiation dans son intégralité! Je peux enfin retirer ce livre de ma PAL. Sans surprise une très belle lecture! Enfin, j’ai terminé le mois en beauté avec le tome 2 des Récits du Demi-Loup, Les Terres de l’Est, de Chloé Chevalier. Une suite que j’attendais avec impatience et qui ne m’a pas du tout déçue! Une excellente lecture

Voilà pour ce bilan. N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous avez pu lire, de bon ou de moins bon, ce mois-ci. Je vous souhaite de belles lectures pour ce mois d’Août🙂

SP#62 – Récits du Demi-Loup, tome 2: Les Terres de l’Est, de Chloé Chevalier

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Alors lui je l’attendais ! Après la très belle découverte de Véridienne en novembre dernier, premier roman de Chloé Chevalier (par ailleurs scénariste tout de même !)… je ne pouvais manquer de me jeter sur la suite à la première occasion. Cette occasion m’a donc été fournie par les Moutons Électriques et je leur en suis très reconnaissante ! J’ai ainsi pu découvrir le tome 2 des Récits du Demi-Loup en avant-première et je me suis régalée.

Alors peut-être que cette saga n’est pas parfaite… Peut-être qu’on pourrait lui trouver un ou deux petits défauts. Peut-être. En attendant elle m’a vraiment convaincue. J’ai trouvé ce tome 2 à la hauteur du précédent : loin de décevoir, Chloé Chevalier parvient à maintenir notre intérêt en nous en révélant plus sur le monde qu’elle a imaginé. Non seulement on en vient à mieux connaître l’Empire de l’Est, ce fameux grand ennemi, à la fois craint et admiré, mais en plus on en découvre plus sur les personnalités et le vécu des héros. Tout est là pour nous captiver : entre les révélations fracassantes, le voyage périlleux de Cathelle, le récit d’Aldemor (tout à fait dramatique et passionnant !) et la vengeance du couple maudit qui se met en place tandis que Malvane et Calvina s’opposent de plus en plus, au grand désespoir de leurs Suivantes, Nersès et Lufthilde.

Personnellement le récit du passé d’Aldemor, en alternance avec le récit au présent, est vraiment ce que j’ai préféré dans le roman. J’ai simplement adoré découvrir l’Empereur et l’Empire de l’Est à travers ses souvenirs, des souvenirs pourtant bien douloureux… 💔

Si je devais trouver quelques bémols au roman, je dirais d’une part qu’on retrouve un peu le même défaut que dans le premier tome : une difficulté à cerner la « voix » des différents personnages due à un style d’expression identique tout au long du livre. Heureusement les emblèmes sont là pour nous guider ! D’autre part, j’ai trouvé ce roman très riche en informations et révélations – ce qui est une bonne chose bien sûr ! – mais tellement riche que j’ai ressenti le besoin de prendre quelques notes en prévision de la lecture du tome 3. En l’occurrence, pendant ma lecture du tome 2 j’ai regretté de n’avoir que de vagues souvenirs du premier récit d’Aldemor dans le tome 1. Cette fois-ci j’ai donc noté les informations importantes pour ne pas être frustrée quand j’entamerai ma lecture du dernier livre ! Enfin, je regrette un peu l’absence de carte géographique de l’univers. Entre Véridienne, les Éponas, l’Empire de l’Est, le Cap Kélé, le Bas-Val… j’aurais aimé pouvoir les visualiser ensemble et toucher du doigt leurs frontières.

Cela dit, à part ces quelques petits défauts, je suis ravie de ce tome 2 et je ne peux que vous conseiller de découvrir cette belle trilogie dont j’attendrai le dernier tome avec impatience. Les personnages sont intéressants et bien travaillés, ils savent aussi nous surprendre, l’univers prometteur esquissé dans le tome 1 s’est enrichi et complexifié dans ce tome-ci…et les pions placés par l’auteure dans ce livre annoncent un dernier tome tout aussi captivant et décisif. Vivement !

Pour ceux qui ont déjà lu et aimé le tome 1, rendez-vous en librairie le 18 août pour vous jeter sur ce deuxième tome!

PS : Vous remarquerez qu’en plus du contenu du livre – déjà très réussi, le « contenant » n’est pas en reste ! Toujours aussi fan de l’identité visuelle de cette saga, qu’on doit à Melchior Ascaride.

frise

Score: 4/23

summerPAL

Expiation, de Ian McEwan

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Un livre peut attendre des années avant LE bon moment pour être lu. Eh oui, on a beau avoir des PAL énormes, ce n’est parfois pas plus mal d’attendre avant de lire certains livres. Expiation, de Ian McEwan fait partie de ces livres. Acheté et entamé juste après avoir visionné et adoré le film Atonement (VF : Reviens-moi), j’avais dévoré la première partie du roman – celle consacrée à l’été où tout a basculé – et m’étais interrompue net dans ma lecture au début de la seconde partie, apparemment consacrée à la guerre. J’étais trop déçue de passer à autre chose, à une autre époque… et lire la vie de soldat ne m’attirait pas du tout. Et la pause à durée indéterminée s’est éternisée pendant des années. Pendant longtemps je me suis dit que c’était dommage, que cette histoire était tellement belle, tellement forte… que c’était dommage de ne pas être allée au bout du livre. Déjà l’été dernier, en 2015, j’ai voulu reprendre cette lecture et n’en ai pas eu l’occasion. Mais cet été aura été le bon : j’ai recommencé ma lecture et ne me suis pas arrêtée jusqu’à la fin du livre.

Il est donc temps que je passe au vif du sujet : que penser de ce roman ?

Comme je m’y attendais à peu près, la première partie du roman demeure ma préférée : l’ambiance, l’atmosphère oppressante, la canicule qui échauffe les sentiments ainsi que, malheureusement, l’imagination débridée de Briony.

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Et puis cet enchaînement de méprises qui fait que la vie des personnages vire au drame. Les autres parties m’ont moins plu mais sont tout à fait cohérentes et agréables à lire.

Je dois dire que je ne me souvenais plus du style un peu ampoulé de l’auteur. C’est très bien écrit mais ça sonne parfois légèrement pompeux : on sent que l’auteur se régale à faire des détours stylistiques pour enfin dire une chose qui aurait été bien plus vite énoncée en une seule phrase. Cela dit, autant certains « détours » m’ont paru superflus, autant d’autres était très bien tournés et appuyaient judicieusement un contexte particulier – un état d’esprit, un contexte plus complexe qu’en apparence… Tout ça sans compter que la traduction anglais-français n’a pas du être toujours évidente.

Pour ce qui est de l‘histoire en elle-même, je n’ai pas eu de vraie surprise car je me souvenais très bien de certaines scènes du film et me souvenais également de la fin, plus vaguement mais quand même. Le livre correspond bien au film et vice versa, même si le découpage en différentes époques me semblait moins tranché dans le film. Mais peu importe puisque finalement ça revient au même.

Tout ça pour dire que je n’ai pas été déçue du livre, que je suis ravie d’avoir enfin pu le lire jusqu’au bout et que, sans surprise, je me suis régalée à retrouver cette atmosphère si particulière qui m’avait tant plu dans le film. D’une certaine façon, c’est une histoire qui est dure et dramatique, injuste et pourtant inévitable. C’est à la fois terrible et terriblement logique, comme ces accidents injustes, stupides, mais qui arrivent parfois. C’est une histoire qui permet aussi de se poser de bonnes questions sur ce qu’est l’enfance et le passage à l’âge adulte, sur la différence entre la vision du monde par un enfant et par un adulte. Différence parfois capitale qu’on ne soupçonnerait pas si importante.

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En bref, une histoire triste mais très forte, qui met en scène un trio de personnages inoubliables… qui finissent tous trois en martyrs, victimes d’un malheureux mensonge d’enfant ; le tout très bien narré par un auteur qui sait trouver les mots justes pour chaque situation. Une très belle œuvre de la littérature britannique.

frise

Score: 3/23

summerPAL