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Je me suis perdue dans l’obscure Sylve Rouge à la recherche d’Apostasie

J’ai fini il y a deux jours le roman Apostasie, de Vincent Tassy, auteur jamais lu jusqu’ici, et je ne sais pas vraiment comment écrire cette chronique.

Le roman ne m’a clairement pas laissée de marbre, c’est sûr, mais m’a-t-il plu? C’est une question habituellement facile: oui, moyen, non. Mais pas cette fois.

Je crois que l’ensemble m’a globalement plu car j’ai été charmée par de nombreux aspects du roman. Le style travaillé, pas lourd à lire mais lourd de sens et d’intensité, où chaque mot compte et chaque phrase est puissante. Où le sens même des phrases et de l’intrigue se prête à l’interprétation de chaque lecteur/lectrice, de la même façon qu’on lit et interprète un poème. J’ai aimé le personnage d’Anthelme, son prénom, sa personnalité rêveuse et mélancolique, son côté naïf, son goût des livres… et son refuge:

L’obscure forêt dont la géographie n’est jamais fixe, la Sylve Rouge dont le feuillage écarlate obstrue la lumière et le temps. Sa flore étrange et inquiétante mais belle, on ne peut pas ne pas penser aux Fleurs du Mal de Baudelaire. J’ai aimé toutes ces références littéraires: Dracula, Carmilla mais aussi  Edgar Allan Poe, ou encore la Belle au Bois Dormant ou Blanche-Neige.

J’ai aussi aimé le récit dans le récit qui constitue un bon tiers du roman. L’histoire de Irvine, Lavinia, Elaine, Ambrosius… et Apostasie au milieu.

En fait, je réalise que j’ai aimé les intrigues (principale et secondaires), les personnages, le cadre et le style. Alors pourquoi je ne suis pas pleinement convaincue?

Parce que j’ai été très dérangée par le côté morbide, voire carrément malsain de certaines scènes. Déjà d’entrée de jeu, l’arrivée d’Anthelme chez Aphélion et ce qu’il y découvre m’a vraiment écoeurée. Torture physique puis meurtre déguisé en salut suprême. Ça m’a bien refroidie. (J’ai eu beaucoup de mal à encaisser le destin d’Aurora, d’ailleurs j’ai dû arrêter ma lecture à ce moment-là) Heureusement on passe ensuite à l’histoire d’Irvine et Lavinia et on reprend un récit « normal »… jusqu’à une nouvelle scène de torture assez mémorable. Ce sont sans doute les deux scènes les plus dérangeantes du roman, quoique certains passages avec les vampires en tiennent aussi une couche. Peut-être suis-je une nature trop sensible? Pourtant j’ai déjà lu des passages « gores » dans d’autres livres mais je n’avais pas eu ce sentiment de malaise, de dégoût. 

Source

Ce qui m’a sans doute dérangée, au-delà des passages horrifiques à proprement parler, c’est cette fascination du mal qui sourd du livre. Ce n’était peut-être pas intentionnel de la part de l’auteur mais il joue avec la mélancolie qu’on peut tous avoir en nous, cette fascination pour l’obscurité, cette part de ténèbres qui nous fait aimer la beauté du mal. J’ai par exemple été assez choquée de voir que Lavinia, ou Anthelme restaient de marbre face aux horreurs perpétrées devant eux. Le charme surnaturel des vampires vient certes justifier cette absence de réaction mais je trouve qu’ils s’accommodent bien vite. Et c’est comme si on disait au lecteur de s’accommoder aussi. Comme si on minimisait l’horreur. Moi je ne me suis pas accommodée… 

Pour conclure, je suis finalement assez frustrée car j’ai aimé tellement de choses dans ce livre que j’aurais pu l’adorer, si seulement il avait été moins dark. Ça l’était trop pour moi, mais je pense que c’est une question subjective de sensibilité et de ressentis. Je suis presque sûre qu’il y a quelques années je n’aurais pas ressenti ce malaise. Mais je suis ce que je suis et ce livre a touché des points sensibles. Au moins, il m’aura permis de tester mes limites de ce côté-là. C’est dommage car Apostasie était juste à la limite. Juste un petit peu de l’autre côté…

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10 commentaires sur “Je me suis perdue dans l’obscure Sylve Rouge à la recherche d’Apostasie

  1. Ah mince, je suis aussi hypersensible surtout quand ça touche au gore, je vais peut être aussi avoir du mal avec cet aspect là du bouquin >.< en tout cas, je suis prévenue maintenant ! ^^
    Bises
    Kin

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    1. Pourtant c’est super bien écrit et l’auteur arrive a créer une belle ambiance gothique (entre la nature, les réflexions sur le temps qui passe, le sens de la vie…). Mais c’est vrai que j’ai eu du mal avec la « fascination du mal »…

      Aimé par 1 personne

  2. Je te l’ai déjà mais mais la bizarrerie c’est que ta chronique a réussi a me rendre encore plus curieuse quant à ce livre ! J’ai hâte de le lire, merci de me l’avoir prêté ❤

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      1. Par contre, je pense que je vais devoir le lire après les imaginales 😦 J’espérais pouvoir le caser avant mais je me rend compte que c’est impossible…

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  3. Au vu des références que tu cites, ce roman est-il issu de la littérature gothique ? Ah je suis sensible à certaines choses/scènes et la torture en fait partie. Je te remercie pour l’utilité de cette information 🙂

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