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SP#55 – I.R.L., d’Agnès Marot

I.R.L.

Chloé Blanche a grandi à Life City. Comme tous ses habitants, elle ignore qu’ils sont filmés en permanence. Elle ignore qu’ils sont un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. Elle ignore qu’ils sont les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. Elle ignore surtout à quel point ils sont manipulés. Lorsqu’elle rencontre Hilmi, le nouveau à la peau caramel, elle tombe immédiatement amoureuse. Mais ceux qui tirent les ficelles ne le lui destinent pas. C’est ainsi qu’elle découvre la nature de tous ceux qui vivent à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

Bon, le moment est venu. Le moment de vous faire une chronique qui ne va pas être très facile à écrire. La chronique d’I.RL. d’Agnès Marot, soit LE roman que j’avais très hâte de lire, surtout après le buzz qu’il a suscité sur la blogosphère. Moi qui ai pourtant l’habitude d’écrire mes chroniques comme elles me viennent sans me prendre la tête, il m’arrive parfois, exceptionnellement, d’hésiter sur ce que je vais dire. Tout particulièrement quand j’ai l’impression que mon avis va aller à l’encontre de l’ENSEMBLE de la blogosphère. Je repense par exemple à Nos Étoiles Contraires, que tout le monde avait encensé alors que moi j’avais trouvé ça sympathique, sans plus (en fait le pathos à l’excès me bloque vraiment). Bref, pour revenir à I.R.L. qui fait en ce moment le bonheur de la blogo, il se trouve que j’ai vraiment aimé beaucoup de choses dans ce roman, mais que j’ai aussi buté sur quelques éléments. La difficulté qui vient maintenant se rajouter dans l’écriture de cette chronique est que j’ai pu échanger avec l’auteure sur Twitter pendant ma lecture et que Agnès Marot m’a parue une personne adorable, drôle et très accessible. Ce qui me fait encore plus hésiter à écrire cette chronique. J’ai le trac quoi. Mais j’ai toujours essayé d’être honnête dans mes avis et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer ma façon d’écrire. Je vais donc dire ce que j’en ai pensé, points positifs ET négatifs, en espérant n’offenser personne – et surtout pas l’auteure – et en espérant que ma chronique sera constructive.

Tout d’abord, j’ai adoré le thème de ce roman. Une histoire inspirée des Sims et du film The Truman Show : ce n’est pas tous les jours que l’on croise ce genre de thème ! L’intrigue m’a donc beaucoup plu, de même que les sous-thèmes abordés tels que l’emprise des medias sur notre vie quotidienne, la mise en scène que l’on peut faire de notre vie grâce/à cause d’outils tels que Facebook ou Snapchat (ou autres), les dangers et les absurdités de la télé-réalité, autant de problématiques qu’il est bon d’aborder avec « les jeunes d’aujourd’hui » (dit la vieille de 25 ans que je suis ^^’) En fait je dirais que j’ai aimé l’histoire en elle-même, les thèmes abordés ainsi que l’intrigue, mais que j’ai un peu été gênée dans la façon dont les choses sont présentées ou développées. J’ai eu l’impression de tomber à l’occasion sur des « flottements », avec parfois des éléments de l’intrigue sur lesquels on passe bien trop vite.

*Attention aux spoilers*

Déjà j’ai tiqué au tout début de l’histoire, quand Chloé découvre qu’elle n’est pas réelle mais virtuelle, un personnage de jeu inventé de toutes pièces. Elle apprend qu’elle n’existe pas en vrai… et elle l’accepte, sur la parole d’un mec qu’elle n’a jamais vu et qui apparaît soudain en hologramme au milieu de sa chambre. Il me semble qu’à sa place, il me serait plus facile d’accepter que je deviens folle qu’accepter l’idée que je n’existe pas vraiment. Cela dit je reconnais que ce passage amène une réflexion philosophique intéressante – coucou le mythe de la caverne de Platon et le « je pense donc je suis » de Descartes.

D’autre part, j’ai trouvé vraiment peu réaliste la façon dont Chloé fait tout de suite confiance à Link. Personnellement, Link est un personnage qui m’a immédiatement rendue méfiante. D’autant qu’il faut sans doute avoir un petit souci psychologique pour tomber amoureux d’un personnage fictif qu’on incarne…..

À force de passer toutes mes journées dans ta peau (…) je suis tombé amoureux de toi.

Euh ok… Y’a que moi qui trouve ça malsain ?! Ouf, non. Après avoir trouvé ça « bizarre » un bon nombre de fois Chloé finit par reconnaître elle-même que c’est « malsain » p. 229. Il faut quand même presque la moitié du livre pour voir enfin écrit noir sur blanc ce qu’on pense depuis le début !

Non Link, ce n’est pas moi que tu aimes mais toi seul. Tu es tellement orgueilleux que tu tombes amoureux de ton double féminin, ta créature.

À ce stade de ma lecture je me suis rendue compte que je n’étais peut-être pas le bon public pour ce livre. Le livre est sans doute destiné à un lectorat plus jeune, qui a besoin qu’on le tienne par la main pendant sa lecture. Comme si l’auteure nous faisait une démonstration par A + B pour enfin nous amener à la conclusion C à laquelle on est déjà arrivés depuis un moment.

D’autant qu’à plusieurs reprises j’ai trouvé les choses « trop faciles ». Petit extrait pour l’exemple, p.406 :

Ils sont déstabilisé, confus. Certains se mettent à pleurer, d’autres questionnent leur voisin sans obtenir de réponse.

– N’ayez pas peur ! hurlé-je à travers la foule. Ces émotions que vous ressentez n’appartiennent plus qu’à vous désormais. Plus personne ne pourra vous les imposer. À partir de maintenant nous sommes tous ensemble.

Ma voix se répercute sur la grand-place, des centaines de lèvres la colportent, l’amplifient pour lui donner vie. Bientôt les sourires remplacent les grimaces choquées, et quelques rires s’élèvent au-dessus de nous.

Hum. Il me semble quand même qu’une foule en panique ne se maîtrise pas si facilement que ça IRL. (huhu)

Enfin, un dernier truc qui m’a gênée est le manque de naturel dans les réactions de Chloé. J’ai déjà parlé du fait qu’elle accorde sa confiance trop vite – mais on peut éventuellement arguer qu’elle est encore naïve et n’a pas encore connu la cruauté du vrai monde. Je pourrais aussi parler des phrases bateau toutes faites que Chloé sort à intervalles réguliers telles que « je te remercie infiniment de l’aide que tu nous apportes ». Cependant ce manque de naturel m’a surtout paru dur à avaler quand on réalise qu’elle renonce à la vie de sa mère pour le « bien commun ». En vrai, j’ai été assez choquée par ça. Elle renonce à sa mère plus d’une fois en plus ! Alors certes c’est pour « the greater good » (poke aux fans d’HP) mais… de là à sacrifier sa propre mère ?! Sérieusement, qui serait vraiment capable de sacrifier sa maman pour le bien des autres ?! Pas moi en tout cas.

* Fin des spoilers *

Voilà voilà. Je suis venue à bout de tout ce que je voulais dire sur ce roman. Donc pour résumer : j’ai adoré le thème de ce roman ainsi que son intrigue (le principe des IA qui veulent vivre leur vie librement était drôlement bien trouvé) cependant je regrette un peu ces éléments qui m’ont dérangée dans ma lecture. Il ne s’agit finalement pas vraiment du fond mais plutôt de la forme, de la façon dont les choses sont abordées et décrites. En attendant, je suis contente d’avoir trouvé un livre original qui possède la force de remettre en question des choses de plus en plus banales dans notre vie ultra-connectée, quand on ne se rend plus compte de l’aspect contre-nature de rendre volontairement publiques des choses du domaine privé. Avec un peu de chance, ça éveillera des choses dans la conscience de certains jeunes lecteurs ! Je terminerai par le petit bonus de cette lecture : la beauté du livre-objet, entre blanc pur et fushia, une couverture parfaite et un look moderne qui ne manquera pas d’attirer le regard !

Merci à Agnès Marot et aux éditions Gulf Stream qui m’ont permis de découvrir ce roman!

frise

imaginaire

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20 commentaires sur “SP#55 – I.R.L., d’Agnès Marot

  1. J’aime beaucoup cette auteure, donc ce livre me tente bien ! Après y’a des chances pour que j’y trouve les mêmes défauts que toi, mais au moins je suis prévenue maintenant ! ^.^

    ~ Kara

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      1. Elle a écrit trois autres livres (aux éditions du Chat Noir). J’avais bien aimé De l’autre côté du mur, qui était assez original. Par contre, y’a toujours ce petit côté naïf et facile, qui peut gêner parfois.

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  2. Je ne peux lire ta chronique en entier avant d’avoir lu le roman, mais j’y reviendrai probablement après ! Je suis curieuse de voir quels éléments t’ont moins plu et pourquoi ^^ Le thème de l’histoire me tente beaucoup en tout cas et je suis curieuse de voir comment Agnès Marot l’a exploité !

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  3. Hello !
    J’ai vu ta chronique alors que j’étais encore en pleine lecture, du coup j’y reviens seulement aujourd’hui.
    Première chose à dire, j’aime beaucoup ta chronique, je la trouve très juste. Il y a quelques aspects que je ne partage pas avec toi, mais j’ai connu les mêmes moments de doutes que toi concernant ce livre (surtout que pour ma part j’ai lu et adoré De l’autre côté du mur, et que comme tu le précises, Agnès est quelqu’un d’infiniment gentil et que je n’avais pas envie de trouver des défauts à son livre), et comme toi je ne sais pas encore comment aborder ma chronique.
    J’ai parfois trouvé que les choses se déroulaient un peu trop facilement, et j’ai aussi trouvé le personnage de Link très malsain.
    Et je n’avais pas autant tiqué sur la mort de la mère de Chloé, mais effectivement maintenant que tu le dis, personne ne réagirait comme ça. Du moins je pense.

    Bon, là-dessus je vais aller essayer de trouver le courage d’écrire ma chronique ^^

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  4. Autant j’ai adoré cette lecture, autant ça n’a pas été non plus un coup de coeur. Je comprends ton avis sur la confiance qu’accorde Chloé à Link car j’ai ressenti la même chose que toi. Pour autant, le sujet et la manière de le traiter est tellement innovant et bien réalisé que je le conseille énormément.

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  5. Contrairement à toi, je n’aime pas trop cette couverture ^^ Et il ne m’intéresse pas trop de toute façon, mais après avoir lu ta chronique (et les spoilers mouhaha ^^ ) j’ai encore moins envie en fait :S Les goûts, et les couleurs, toujours encore ! ^^

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